Réussir… ou se perdre en chemin ?
La réussite, ou la pression que l’on s’impose pour réussir, n’est pas toujours nourrie par des désirs profondément sains.
Elle peut naître d’un véritable désir de progression, d’accomplissement, de création, de transmission ou de contribution. Cette envie d’aller plus loin, de
développer ses capacités et de donner du sens à ce que l’on fait peut-être une
magnifique force intérieure.
Mais parfois, derrière cette quête de réussite se cachent d’autres moteurs, plus silencieux.
La peur de ne pas être à la hauteur, la peur de décevoir le besoin d’être reconnu·e, la comparaison permanente avec les autres, la sensation d’être « en retard » dans sa propre vie.
Ou encore cette croyance profondément ancrée selon laquelle il faudrait réussir pour avoir de la valeur.
Et lorsque la réussite devient une manière de se rassurer ou de se prouver quelque chose, elle peut progressivement se transformer en une course contre
soi-même.
On peut alors travailler davantage non pas parce que cela nous épanouit, mais parce que l’on a peur de ne jamais être suffisamment bon·ne.
On peut multiplier les projets parce que l’immobilité nous confronte à nos doutes.
On peut chercher constamment à progresser parce que l’on ne s’autorise jamais à reconnaître le chemin déjà parcouru.
Et parfois, nous devenons notre propre bourreau.
Les défis que nous nous imposons peuvent être profondément cruels envers nous-mêmes.
Nous sommes parfois capables d’une immense douceur envers les autres et d’une incroyable dureté envers nous-mêmes.
Nous acceptons qu’une personne que nous aimons traverse une période de doute, connaisse un échec, ralentisse, change de direction ou ait besoin de
repos.
Mais lorsque cela nous concerne, nous parlons immédiatement d’échec, de faiblesse ou de manque de volonté.
Pourquoi nous accordons-nous si difficilement le droit d’être simplement humain·es ?
Se dépasser peut-être magnifique.
Mais se maltraiter pour atteindre un objectif n’est pas nécessairement du dépassement de soi.
Parfois, le véritable courage consiste à reconnaître que notre rythme n’est plus le bon.
À accepter que ce projet ne nous ressemble plus.
À comprendre que ce que nous désirions hier ne correspond peut-être plus à la personne que nous sommes aujourd’hui.
Et cela ne signifie pas abandonner.
Cela peut simplement signifier évoluer.
Et si nous interrogions le moteur derrière notre réussite ?
Chacun·e sème le meilleur de soi dans ses missions, son travail, ses actions, ses relations, ses créations ou simplement par sa présence au monde.
Mais nous y déposons aussi parfois nos blessures, nos peurs et nos conditionnements.
Alors, peut-être que la véritable question n’est pas seulement :
« Est-ce que je réussis ? »
Mais plutôt :
« Pourquoi ai-je besoin de réussir ? »
Est-ce que je poursuis ce projet parce qu’il me fait profondément vibrer ?
Ou parce que j’ai besoin de prouver ma valeur ?
Est-ce que je cherche à évoluer ?
Ou à devenir enfin la personne que je crois devoir être pour être reconnu·e et aimé·e ?
Est-ce que je me compare pour m’inspirer ?
Ou pour me rappeler que je ne suis pas assez ?
Cette différence peut tout changer.
Car lorsque nos actions sont profondément alignées avec nos valeurs, la réussite devient une conséquence possible du chemin.
Lorsqu’elles sont guidées principalement par la peur, la réussite peut devenir une prison.
Être aligné·e plutôt que performant·e
L’alignement ne signifie pas renoncer à ses ambitions.
Il ne signifie pas non plus se contenter de ce que l’on a.
Il signifie apprendre à écouter ce qui, en nous, est véritablement vivant.
Nous pouvons avoir de grands rêves tout en respectant nos limites.
Nous pouvons vouloir réussir sans faire de notre réussite la mesure de notre valeur.
Nous pouvons être ambitieux·ses sans devenir violent·es envers nous-mêmes.
Et surtout, nous pouvons apprendre à distinguer l’élan qui vient du cœur de celui qui vient de la peur.
La peur dit souvent :
* « Il faut que tu prouves que tu en es capable. »
* « Les autres sont devant toi. »
* « Tu n’as pas le droit de ralentir. »
* « Tu dois faire davantage. »
* « Si tu échoues, tu n’es personne. »
L’élan intérieur, lui, peut parfois être beaucoup plus simple :
* « J’ai envie d’essayer. »
* « Cela me ressemble. »
* « J’ai envie de transmettre. »
* « J’ai envie de créer. »
* « Je sens que cette expérience peut me faire grandir. »
La différence est subtile, mais elle se ressent profondément.
Nous ne réussissons jamais complètement seul·es
Il existe également une illusion autour de la réussite individuelle.
Nous aimons penser que notre réussite dépend uniquement de notre travail, de notre volonté, de notre intelligence ou de nos capacités.
Bien sûr, nos efforts ont leur importance.
Mais la réalité est beaucoup plus complexe.
La réussite dépend aussi des opportunités qui se présentent, des rencontres que nous faisons, du contexte dans lequel nous évoluons, du soutien dont nous
bénéficions, du bon timing… et parfois simplement d’une part de chance.
Deux personnes peuvent avoir exactement la même volonté et fournir la même quantité d’efforts, sans obtenir les mêmes résultats.
Reconnaître cela ne diminue pas nos mérites.
Cela permet simplement de remettre un peu d’humanité et de réalité dans notre manière de nous juger.
Ne pas avoir obtenu ce que nous espérions ne signifie pas nécessairement que nous n’étions pas suffisamment compétent·es.
Parfois, les circonstances n’étaient simplement pas réunies.
Et parfois, ce qui ressemble à un échec depuis notre point de vue actuel prendra un tout autre sens quelques années plus tard.
Tout le monde a une place, mais personne n’a exactement la même
Nous avons toutes et tous une place.
Mais cette place est singulière.
Elle ne peut pas être véritablement comparée à celle des autres.
Nous pouvons admirer quelqu’un sans avoir besoin de devenir cette personne.
Nous pouvons nous inspirer d’un parcours sans considérer que notre propre chemin est insuffisant.
Nous pouvons regarder la réussite des autres comme une possibilité, et non comme une condamnation de notre propre existence.
La comparaison devient alors un outil d’ouverture plutôt qu’un outil de dévalorisation.
Car nous comparons souvent notre réalité intérieure avec la réalité extérieure que nous percevons chez quelqu’un d’autre.
Nous voyons sa réussite, mais pas forcément ses blessures.
Nous voyons son accomplissement, mais pas ses sacrifices.
Nous voyons son arrivée, mais pas tout ce qu’iel a traversé pour yparvenir.
La comparaison est donc rarement juste.
Nous ne sommes pas en retard.
Nous sommes simplement ailleurs.
Et si la vie nous emmenait ailleurs que prévu ?
Il existe des moments où, malgré tous nos efforts, la vie vient modifier nos plans.
Une séparation, un changement professionnel, un projet qui n’aboutit pas, une rencontre inattendue, une opportunité que nous n’avions pas prévue, un déménagement., une période de fragilité.
Un chemin qui se ferme alors que nous pensions absolument devoir l’emprunter.
Psychologiquement, ces moments peuvent nous confronter à une forme de deuil: celui de la vie que nous avions imaginée.
Spirituellement, ils peuvent devenir une invitation à expérimenter quelque chose de beaucoup plus difficile : la confiance.
Pas une confiance naïve qui consisterait à croire que « tout arrive pour une bonne raison ».
Mais une confiance plus profonde :
« Je ne comprends peut-être pas encore ce qui se joue, mais je peux continuer à avancer sans avoir besoin de tout contrôler. »
Lâcher prise ne signifie pas renoncer à ses rêves.
Cela signifie parfois accepter de ne pas imposer à la vie la forme exacte que doivent prendre nos rêves.
Et c’est peut-être là que commence un véritable saut dans la foi.
Alors, peut-être pouvons-nous nous poser quelques questions…
Si je n’avais plus rien à prouver à personne, qu’aurais-je réellement envie de construire ?
Est-ce que mes objectifs me nourrissent ou m’épuisent ?
Est-ce que je cherche à évoluer ou à réparer mon image de moi-même ?
Est-ce que mon rythme respecte la personne que je suis ?
Est-ce que je suis encore en accord avec mes valeurs ?
Et surtout :
Si je cessais de me comparer, comment regarderais-je réellement mon propre chemin ?
Nous sommes capables du meilleur comme du pire.
Nous connaissons la force et la fragilité, les élans et les doutes, les réussites et les erreurs
Tout cela fait partie de notre humanité.
Nous n’avons pas besoin d’être parfait·es pour avoir une place.
Nous n’avons pas besoin d’être exceptionnel·les pour être précieux·ses.
Nous n’avons pas besoin de réussir selon les critères du monde pour donner du sens à notre existence.
Peut-être que réussir sa vie ne consiste finalement pas à obtenir tout ce que l’on avait imaginé.
Peut être est-ce aussi ne pas se perdre en essayant de tout obtenir.
Ralentir lorsque c’est nécessaire.
Changer de direction lorsque notre chemin ne nous ressemble plus.
Accepter de recommencer.
Prendre soin de soi.
Aimer, créer, transmettre, être présent·e.
Et parfois simplement… respirer et reconnaître le chemin déjà parcouru.
La vie ne nous demande peut-être pas toujours de courir plus vite.
Parfois, elle nous demande simplement de faire confiance au chemin.
De desserrer nos mains.
De cesser de nous accrocher à une représentation précise de ce que nous devrions être.
Et de nous laisser porter lorsque nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir.
Parce qu’au fond, le véritable saut dans la foi n’est peut-être pas de croire que tout se passera comme prévu.
C’est de croire que nous saurons traverser ce qui ne se passera pas comme prévu.
Et peut-être que c’est cela, finalement, réussir sa vie n'état pas forcément d'avoir obtenu tout ce que l’on voulait, mais de ne pas s’être perdu·e en chemin.
*Cet article a été rédigé par Jonathan Yahimi
Praticien en accompagnement psycho -émotionnel, spirituel et intuitif
Vous pouvez découvrir son service sur le site www.jonathanyahimi.fr
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